mercredi 28 mars 2012

L'Oiseau de Vérité


Pour ceux qui aiment les contes...conte français...existe sous de nombreuses variantes ... l'Amour nous conduit sur le bon chemin...et l'Oiseau de Vérité n'était jamais loin de nous...encore faut il ne pas se retourner...

Elle s’appelait Grande Etoile et ses frères, Ciel et Soleil. Ces trois jeunes gens habitaient dans la plus belle des maisons. Elle était cachée dans les arbres, au bord d’une grande rivière et bâtie si légèrement parmi les branches et les fleurs qu’elle aurait pu être invisible. C’était une maison parfaite. C’était une maison bénie. C’était l’œuvre de Grande Etoile. Quand, par bonheur, on y était invité, c’était comme entrer dans un cœur. Et c’était plus grand que le monde. Tout y chantait. Tout y riait. Grande Etoile était la joie même.
Quand elle était arrivée là, petite enfant abandonnée dans un berceau sur la rivière, cet endroit était devenu comme le paradis sur terre.
Un vieux meunier et son épouse l’avaient trouvée au bord de l’eau comme auparavant ils avaient trouvé ses deux frères aînés. Ces bonnes gens n’avaient pas pu avoir d’enfant et voilà qu’ils en avaient trois. Devant eux, tout émerveillés, les portes de ce grand bonheur qu’ils avaient cessé d’espérer s’ouvraient à eux, voir venir un enfant chez soi. Le monde leur appartenait. Et c’était vrai, ces enfants étaient leur soleil, tout en même temps que leur ciel et plus encore leur grande étoile.
Mais ce bonheur passa trop vite. Les enfants grandissaient trop vite, trop vite aux yeux de leurs parents, qui trop vite aussi vieillissaient. Grande Etoile veillait sur eux, jour et nuit les accompagnait. Et puis un jour, elle les trouva endormis et ils ne se réveillèrent pas. Elle était seule avec ses frères et presque aussi abandonnés que quand ils étaient arrivés dans leurs berceaux sur la rivière. Ils ne pourraient jamais connaître ceux qui les avaient mis au monde, ceux qui étaient leurs vrais parents.
Pourtant ils n’étaient pas très loin, ces vrais parents si désirés. Mais qui aurait pu deviner que c’était le roi et la reine ?
Ce roi devenu si cruel, cette reine déshonorée, enfermée dans une prison, après ses trois accouchements.
Celle qui aurait pu répondre, c’était le monstre que tout le monde connaissait, elle s’était débarrassée de ces enfants le jour même de leur naissance en les jetant dans la rivière.
Celle qui aurait pu répondre, c’était le monstre qui avait accablé le roi de mensonges et elle avait dit :
- La reine a accouché d’un chien, d’un chat et d’un vilain morceau de bois.
Elle avait convaincu le roi.
Elle avait agi en secret et personne ne l’avait vu, et quand bien même on l’aurait vu, on ne l’aurait pas révélé car ce monstre, ce criminel, c’était la mère de ce roi, la puissante mère du roi, jalouse de sa belle-fille.
Et tant qu’elle ne dirait rien, personne ne pourrait savoir. Et elle préférait mourir plutôt que dire la vérité. Et ces enfants, et leurs véritables parents, resteraient toujours séparés par ce secret qu’elle avait tissé autour d’eux.
Un jour, Grande Etoile aperçut une vieille qui observait la maison attentivement. En la voyant et sans pouvoir se l’expliquer, Grande Etoile sentit en elle un grand sentiment de tendresse.
C’était sa méchante grand-mère. Elle avait appris l’existence de la maison et de ces trois beaux jeunes gens qui l’habitaient. Elle s’en était inquiétée. Elle craignait que ces enfants ne soient ceux qu’elle avait noyé, qu’elle croyait avoir noyé (chaque nuit, elle les voyait dans ses rêves sortir de l’eau où elle les avait jetés. Ils venaient se blottir contre elle, elle en était terrorisée).
Et quand elle vit Grande Etoile, si douce, si belle et si vive et ressemblant tant à la reine, elle fut tout à fait certaine que c’était sa petite fille. Et sans pouvoir s’y opposer, cette si cruelle personne se sentit elle aussi emplie d’une tendresse inexplicable.
Un court instant, elle faillit tout avouer, se ravisa et demanda à Grande Etoile de lui faire voir sa maison. Grande Etoile la lui montra. La grand’mère voulait tout voir. Elle avait une idée en tête. Elle s’exclamait :
- C’est très beau ! Et puis ceci et puis cela ! Et ce jardin, c’est admirable !
Quand la visite fut finie, elle ajouta :
- Cette maison est magnifique mais il y manque trois merveilles. Si cette maison disposait de l’eau qui redonne la vie, de l’arbre qui fait voyager et puis surtout du grand oiseau qui révèle la vérité, elle serait inégalable et la plus parfaite du monde car dans ce lieu on y retrouve ceux qu’on aime.
Sans pouvoir avouer ses crimes et cependant le désirant, elle avait donné le moyen à Grande Etoile de connaître la vérité sur ses parents.
Elle savait que Grande Etoile allait désirer ces merveilles, s’en irait pour les rapporter pour que sa maison soit parfaite et y accueillir ses parents. Et elle était presque certaine que, malgré les difficultés, Grande Etoile réussirait.
Elle sortit de la maison, elle disparut à jamais.
Alors à partir de ce jour, Grande Etoile perdit sa joie.
Elle était devenue si triste que Soleil et Ciel s’en allèrent à la cherche des merveilles. Ils rencontrèrent sur leur chemin, au pied d’une grande montagne où se trouvait beaucoup de pierres, un vieil homme couvert de barbe et de cheveux entremêlés. Cette barbe était si épaisse que l’on ne pouvait pas comprendre les mots qui sortaient de sa bouche.
Ils ne l’écoutèrent pas jusqu’au bout, ils étaient pressés d’aboutir, ils auraient dû.
Il leur disait :
- Les merveilles que vous cherchez se trouvent sur cette montagne. Vous les trouverez aisément. Mais ne vous retournez jamais, quelques cris que vous entendrez, avant de les avoir saisi, sinon vous deviendrez des pierres !
Ils le quittèrent sans savoir.
Mais lorsque soudain, derrière eux, ils perçurent, sortant des pierres, des cris, des avertissements, ils regardèrent en arrière et furent aussitôt changés en pierre comme ceux qui avaient criés. C’étaient les hommes et les femmes, les animaux que la magie de la montagne avait, avant eux, transformés et emprisonnés dans les pierres.
Et c’est alors que Grand Etoile, comme avait prévu sa grand’mère, partit chercher les trois merveilles mais, avant tout, chercher ses frères.
Elle rencontra le vieillard, le prit en pitié, lui démêla ses longs cheveux et sa barbe.
C’est ainsi qu’elle put entendre et comprendre tous ses conseils. Elle se boucha les oreilles avec de la cire d’abeilles. Les pierres criaient derrière elle, elle ne les entendit pas. Elle arriva jusqu’au sommet de la montagne, les trois merveilles l’attendaient.
Alors, elle s’en retourna avec une petite gourde remplie de cette eau merveilleuse qui redonne la vie aux pierres, elle ressuscita ses frères et tous les autres malheureux transformés en pierre avant eux. Elle s’en retourna aussi avec une graine de l’arbre qui fait voyager où l’on veut et grâce à elle, s’en retourna avec ses frères jusque dans sa maison chérie. Elle avait pris sur son épaule l’oiseau qui dit la vérité, il lui révéla le secret de sa véritable naissance.
La maison était maintenant presque totalement parfaite. Les trois merveilles s’y trouvaient, il n’y manquait que les parents.
Grande Etoile invita le roi à se rendre dans sa maison pour y manger des légumes de son jardin. C’était de très simples courgettes entières et non épluchées mais dont elle avait remplacé les graines par des diamants.
Le roi en fut très étonné :
- Il n’est pas possible de croire que les graines de vos courgettes aient pu devenir des diamants !
Alors l’oiseau de vérité, l’oiseau qui dit la vérité, lui répondit :
- Majesté vous avez pu croire que votre épouse si fidèle avait pu accoucher d’un chien, d’un chat et d’un vilain morceau de bois et vous vous refusez à croire que les graines de vos courgettes puissent devenir des diamants. La jalousie vous a fait croire aux mensonges de votre mère. Votre crédulité coupable a engendré votre malheur, celui de celle qui vous aime et que vous aimerez toujours, enfin celui de vos enfants !
Obtenez d’eux qu’ils vous pardonnent.
Et l’oiseau lui révéla tout, lui révéla la vérité que trop longtemps il n’avait pas voulu chercher.
Le roi fit chercher son épouse et devant elle et leurs enfants il implora d’eux leurs pardons et tous trois ils lui pardonnèrent. Et la joie de la vérité répara tout dans la maison.
Elle était maintenant parfaite. Les trois merveilles s’y trouvaient : la source qui redonne vie, l’arbre qui fait voyager loin et puis surtout le grand oiseau qui révèle la vérité à tous ceux qui s’aiment vraiment.
C’était une maison parfaite. C’était une maison bénie. C’était l’œuvre de Belle Etoile.

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