mardi 21 juin 2011

Oui la souffrance à une fin - Nicole Montineri


Un très beau témoignage d'une vie éveillée, par Nicole Montineri.. 
Que dire de plus ?

"La cause principale de nos douleurs psychiques est la résistance mentale que nous créons face aux changements proposés par la vie. Notre souffrance se nourrit de nos réactions de fuite ou d'opposition, de nos angoisses et de nos espoirs, conséquences de tous nos conditionnements. Elle repose sur la croyance que quelque chose nous manque et qu'il faut l'obtenir, ou que quelque chose de mauvais s'impose à nous et qu'il faut s'en débarrasser. Cette illusion que nous devons modifier ou supprimer ce qui est fait partie de notre processus mental, et la souffrance engendrée n'appartient donc qu'à lui. Elle est une spéculation mentale. Ce qui ne signifie pas qu'elle est une chose abstraite : elle est bien réelle pour celui qui la vit. Lorsque nous souffrons, nous souffrons. Tant que nous ne parvenons pas à laisser notre esprit en paix, à observer simplement ce qui nous est proposé, sans implication mentale entrainant jugement, résistance, fuite ou culpabilité, nos souffrances nous apparaissent réelles."
 
"C'est par le sentiment d'un moi solide, mais aussi vulnérable, donc craintif, qu'apparaît la souffrance. Tant qu'il y a ce moi rempli de peurs, qui se prend pour l'acteur de la vie, il y a division et conflit. Ce sentiment d'une identité qui existe à travers une histoire nous fait vivre sans cesse dans un rapport conflictuel avec les autres, mais aussi à l'intérieur de nous-mêmes. Tout est vu et vécu à partir de ce centre .Or ce moi si précieux n'a pas d'existence indépendante. Il apparaît seulement dans le champ de la conscience comme une fonction mentale en rapport avec une situation et a vocation à y retourner. Découvrir ce qu'il est exactement, le connaître pour comprendre ses peurs et ses angoisses, revient à découvrir les racines de notre souffrance.
La première chose à voir est que notre petit moi veut durer, à l'abri de toute insécurité, de tout changement, alors que vivre c'est mourir à chaque instant à toute chose. Ainsi, nous n'osons plus vivre, nous ne sommes plus en contact direct, intense, avec la vie. La mort à chaque chose vécue est la nature même de la vie, qui ne peut être qu'en se renouvelant. Nous ne savons pas intégrer ce mouvement continu, nous tenir prêt à mourir à notre plaisir, à notre chagrin, à l'expérience proposée, à notre histoire personnelle, à notre moi. Vivre, c'est accepter la perte de nos proches, de nos biens, de notre travail, de notre réputation… la perte de tout, qui sera à la fin inévitable. Nous devons consentir à vivre avec la mort à chaque seconde afin que notre esprit ne soit pas entrainé à donner une continuité aux choses, inéluctablement emportées dans le courant d'énergie. C'est notre désir de permanence au sein du mouvement d'apparitions et de disparitions qui nous fait tant souffrir.
Il nous faut découvrir ce qu'est ce moi, l'observer et le comprendre. Tant que nous n'aurons pas vu que c'est cette entité sous influence, éduqué socialement pour la lutte et la compétition, à la recherche constante d'innombrables plaisirs, que nous prenons pour notre véritable identité, nous souffrirons. La souffrance signifie que nous vivons à partir de ce que nous ne sommes pas. Nous ne sommes ni la succession de nos désirs, ni l'addition de nos expériences. Tant que nous vivrons avec une représentation personnelle de la vie à travers des pensées, des émotions et des actes, nous connaitrons la souffrance. Or, il n'y a rien de personnel que ce moi puisse faire, si ce n'est s'insérer dans le flux de la vie, accueillir le mouvement, consentir au changement. Tout est vécu alors à partir d'un espace qui se révèle en nous, paisible et libre. C'est son mouvement universel qui nous anime, et sa liberté devient notre liberté. Notre essence est cette énergie de la vie, cette réalité pure, immuable, infinie, vide et lumineuse à sa source. Comment découvrir ce qu'est la réalité, comment remonter jusqu'à la source de la vie si nous avons peur de la puissance du flot d'énergie qui porte notre existence ? Osons vivre, soyons passionnés, ressentons chaque chose intensément, la beauté comme la misère, embrassons chaque occasion que la vie nous donne de comprendre et d'aimer. Ainsi la vie prend son véritable sens, qui n'est pas celui d'un progrès, d'un avantage ou d'un gain quelconque". 

"Vivons avec attention. L'attention n'est autre que la prise de conscience de l'apparition puis de la résorption de chaque chose, à l'instant où cela se produit. Par le regard pénétrant dirigé vers la source du flot mental, nous entrons en résonance avec le point d'origine de la vie, avec la réalité ultime. Cette réalité est hors de portée de la pensée liée au temps et soumise aux désirs de l'ego. Elle est un espace silencieux, vide. Elle est ce qui, en nous, accueille comme une coupe largement ouverte, ce qui, affranchi du corps/mental, a la capacité de voir, d'intégrer et de guérir. En ce lieu de paix, les peines et les angoisses se dissipent d'elles-mêmes, sous l'effet de notre ouverture, de notre vision intégrale, de notre conscience totale de ce qui est. Il n'y a plus la moindre distance créée par la pensée, mais contact direct avec les faits tels qu'ils sont proposés par la vie. S'ouvre alors un espace immense de liberté où il n'y a plus le moindre conflit possible entre ce qui est et ce qui devrait être, et donc plus de souffrance possible. Cette fusion entre l'observateur et l'évènement proposé ne peut avoir lieu que lorsque l'esprit est calme, immobile, sans effort pour essayer de l'être. Ce n'est pas quand le penseur n'existe plus, mais quand la pensée s'est libérée de toute réaction générée par ses conditionnements." 


Le site de Nicole: http://www.laconscience-espace.com/index.html

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